Biennale Aperçu 2026

Aperçu 2026 — second volume bordelais


Quand Bordeaux se laisse entraîner en une graphique aventure, la biennale Aperçu sonnait son second volume le dernier week-end de mai 2026 : entre découvertes et reconnaissances tardives, une édition multi-sites sur un week-end, bienvenue des rencontres et ateliers pour dégourdir les graphistes — cette espèce solitaire enchaînée à son fauteuil — dans une migration de réunions et d’expositions enfin incarnées.

À la bibliothèque Mériadeck, la conférence de Tony Durand autour du graphiste des 1000 Bornes (visible jusqu’au 27 juin), Joseph Le Callennec, présenté comme un inconnu paradoxal. Paradoxe à conjonctions multiples : associé et employé de l’éditeur de jeux de famille Dujardin, originaire de Tourcoing (mon berceau de naissance) résident à Arcachon, cela laissait espérer une re-trouvaille, formidable jeu de pièces de bois gravés dans les archives d’imprimeurs. Mais ces pistes documentaires — comme celles du typographe devenu graphiste à Lille après guerre en 1920 — sont depuis longtemps tombées dans l’oubli, englouties par les inondations, écrasées au pilon, en flammes ou refondues. Les jeux réunis suite à l’enquête de l’auteur ont été chassés dans les réseaux de vente en ligne, cette nouvelle bibliothèque des recherches improbables pour toqués de la nostalgie.

La Fabrique Pola se faisait voir, avec Faire ailleurs (expo jusqu’au 21 juin), dans une exposition de collectifs en milieux ruraux où de petites communautés de graphistes éclairent leur quotidien coloc en randonnées communes et table accueillante. Une autre table, ronde ou tourbillonnante, autour d’Être plastique, un objet graphique dédié à la puissance accueillante, groupant les vues et dits des résidents de la Fab Pola, nous entraînant pour le geste de création en thèmes et variations autour d’une étude de figure de jouet collant, acrobate s’accrochant aux parois d’un objet éditorialisé, couverture d’un savoir plastique récolté par Sophie Poirier, en couleurs alternatives risographiées et en d’autres techniques par Countach Studio. Les affiches du CNAP pour l’exposition Messages/Images, disponibles et téléchargeables en ligne (www.cnap.fr/messages-images), libres de droits mais pas d’expression puisque d’intérêt général, nourrissaient les débats — et célébrait les 30 ans de la revue Graphisme en France.

On a bien noté que des sessions matinales chez arc en rêve livraient procès aux affiches, c’était sur le programme un atelier de questions-réponses et entre autres attendus pour juniors, mais on n’y a pas assisté. Par contre, se retrouvait cet esprit ludique d’intégration des sensations surgissante dans l’acquisition des savoirs graphiques, avec l’exposition Surgir, jeux graphiques à l’Espace Saint-Rémi, mettant en œuvre les qualités plastiques manuelles de tout un chacun : avec des bâtons et des élastiques en pièces montés envahissant l’espace de cette salle municipale, où les démonstrations sont trop souvent écrasées par les arches monumentales, qui devenaient des plateformes dédiées aux jeux d’enfants, toupies, constructions, signaux, synchronies d’oriflammes et drapeaux dans une tour de Babel mikado signée Pinaffo et Pluvinage. Les images des affiches de communication du Bel Ordinaire à Pau, augmentaient d’autant d’énigmes et traces graphiques — signées Benjamin Lahitte — en venant enrichir de complexité plastique matérielle cette exposition, toujours visible jusqu’au 21 juin.

Les rencontres qui ont suivi ces moments de libations à la ginger beer et limonades — en graphisme on privilégie les bulles sobres — se tenaient au Marché des Douves, entre ateliers familiaux et communications autour de la protection sociale et des droits des travailleurs indépendants. Ce sont ensemble toutes ces communications qui ont planté leurs revendications et fait valoir leurs droits de manifester. Entre l’Atelier Garnier Araguas et ses gestes d’édition et de co-édsitions(Déborder Bolloré en exemple, qui en est à son troisième tirage) . Média Manquant conviait le collectif fondeur à trois voix en travaux, ludions créateurices de fichiers Fonte originaux payant et libres de droit, suivi par Alice Bibette fondatrice de Deepsheep sudio, qui nous a elle invité dans sa cuisine graphique motion, à des méditations en surface commerciale que proposent de neuves recherches en podcasts pour le thon à la catalane)- à découvrir pour les inquiets ou crises urticaires à la caisse.

Le dernier jour, un dimanche, on avait pris notre courage à deux mains pour remplir jusqu’au goulot nos savoirs avec les nouveaux usages du Prepostprint et Print-First Web-Design, qu’accompagnaient une communication et une exposition de la bibliothèque web-to-print constituée par Lucile Haute et Quentin Juhel. En point d’orgue la superbe démonstration de Julien Taquet (un ténor) sur l’édition des beaux-livres au futur : avec une publication de catalogues raisonnés sous forme de livres imprimés et numériques compatibles avec un site internet. Commande du Louvre, où le grossissement des illustrations — ce qui est, quelque part, la seule appréhension qui suscite l’ébahissement des professionnels de la culture quand ces observateurs conservateurs sont enfin épatés, c’est que l’on a réussi à faire loupe sur leurs passions : agrandir l’image ! Des catalogues raisonnés au futur.

Comme ce focus sur la passion des impétrant·es, étaient tou.tes ensembles boostés à la disponibilité et au sourire de l’équipe de bénévoles de l’association Approche Graphisme en Nouvelle Aquitaine, qui anime et règle cette Biennale, et qui n’a pas fait qu’apercevoir mais accueillir, réunir, proposer et mettre à disposition leurs talents et une vision. Tout cela au service d’une fonction, cardinale dans la géométrie des villes et des environnements, que certains imaginent déjà un jour pulvérisée par le génératif. Mais il faudra malgré tout se rendre à l’évidence qu’il faudra toujours des intelligences, des engagements et des qualités personnelles liées à la condition du graphisme pour maintenir et conserver ces métiers de l’exécution et du contenu, comme on ne cueillera ni cerise, ni fraise, salade avec l’IA…

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