Sergio Corona – les gens du Douro

EXPOSITION MOIS DE LA PHOTO BORDEAUX

2026 MAP COUR MABLY.

La Vallée du Douro qu’a parcouru le photographe Sergio Corona est une œuvre d’art brute, sculptée par une collision frontale entre la rigueur géologique et l’obstination de l’ingénierie humaine. Dans son récit photographique se côtoient et s’interrogent la population entre « Quintas » et Forteresses. Des gens du vin, ou de personnes issues des anciennes colonies, exploitants agricoles et habitant.es célébrant les processions à Peso da Régua. Ce récit offre un témoignage des générations qui ont survécu aux guerres, au phylloxéra et à l’isolement géographique.

Le Schiste en est le Fondement. Douro (Duero en espagnol) s’élance depuis la Sierra de Urbión, dans la province de Soria (Espagne), à environ 2,000 m d’altitude, pour aboutir dans l’Océan Atlantique à Porto (Portugal).

Le Douro est la première région délimitée au monde, suite un acte fondateur dans l’histoire du vin et de l’économie mondiale : la création de la Região Demarcada do Douro en 1756, dont le Maître d’œuvre fut Le Marquis de Pombal.

Sous le règne du roi José Ier, son Premier ministre de l’époque, le Marquis de Pombal, doit mettre fin à un chaos commercial. À cette époque, le succès du vin de Porto en Angleterre entraînait des fraudes massives : certains mélangeaient les vins avec du jus de sureau ou des vins de moindre qualité. En septembre 1756, Pombal crée la Companhia Geral da Agricultura das Vinhas do Alto Douro. Son rôle étant de garantir la qualité, car seuls les vins issus d’un périmètre précis pouvaient porter le nom de « Porto ». Et également de contrôler les prix en protégeant les producteurs locaux face à l’omnipotence des négociants britanniques.

Le travail dans les vignes était si dur que les ouvriers qui descendaient des montagnes de Galice ou de Beira pour les vendanges, marchaient des jours entiers, travaillaient du lever au coucher du soleil sous une chaleur de plomb, rythmés par le son de l’accordéon pour garder la cadence. Cette « culture de l’effort collectif » est le cœur battant du Douro.

Afin de matérialiser cette frontière, le Royaume du Portugal érigea 335 piliers de granit — les Marcos de Pombal — qui jalonnent encore aujourd’hui les vignobles. Beaucoup sont encore visibles aujourd’hui au milieu des vignes. C’est la naissance du concept d’Appellation d’Origine Contrôlée (AOC), bien avant la France (qui ne codifiera ses appellations qu’au début du XXe siècle). C’est la première fois qu’une nation décrète qu’un terroir est une propriété intellectuelle et commerciale protégée par la loi. Si le Chianti (en Italie) avait été délimité un peu plus tôt (1716), le Douro est considéré comme la première région à avoir mis en place un système complet de classement des parcelles (la Feitoria pour les meilleurs vins, la Ramo pour les vins courants), préfigurant les « Grands Crus ».

La culture du Douro est imprégnée de cette dualité : la rudesse du travail et la noblesse du fruit. Dans le Douro, l’histoire ne se lit pas que dans les livres, bien que le Diário, un journal en plusieurs volumes et Contos de Montanha (Contes de la montagne) de l’écrivain Miguel Torga (1907-1995), écrivain, poète et médecin l’évoque. Torga est né dans la région et s’attelle à en retracer la vie quotidienne, là où il ne l’a pas simplement, observée, elle s’est inscrite dans sa chair.                  Comme elle se lit sur les flancs des collines, dans chaque ligne de vigne comme une cicatrice consentie, un dialogue forcé entre un schiste millénaire qui ne voulait rien donner et des hommes qui ont décidé que ces coteaux rudes deviendraient un jardin.

Dans la Vallée du Douro, le vin et le cheval ne sont pas seulement des produits ou des animaux : ils sont les deux piliers d’une même aristocratie de la terre et de l’effort.  Au Portugal s’abrite l’une des races les plus prestigieuses et anciennes au monde : le Lusitanien (Puro Sangue Lusitano). Ce « Cheval des Rois » que s’arrachent les grandes fortunes et les collectionneurs de « chevaux baroques.

Le Douro repose sur une « mer de schiste ». Contrairement aux terres fertiles, le schiste est une roche métamorphique feuilletée, verticale, qui oblige la vigne à plonger ses racines à des dizaines de mètres de profondeur pour trouver l’eau.     Avec la « soif » comme moteur de survie. La vigne, ne reçoit rien gratuitement de la terre. Elle doit fracturer la roche pour exister, entre la dureté de la pierre pré-cambrienne et la vulnérabilité du raisin. Les vendanges se déroulent sur des pentes à 60% où aucune machine ne passe.

Pendant des siècles, la vallée était considérée comme un enfer climatique, « neuf mois d’hiver, trois mois d’enfer ». L’histoire des populations ici n’est pas celle de l’opportunisme, mais celle de l’endurance. Le génie civil préservé des socalcos (terrasses). Ce sont des millions de tonnes de pierres déplacées à la main, avec des motifs que l’on retrouve dans les dessins qui composent les murs de terrasses et des bâtisses. Dans le Douro, si l’homme s’arrête de bâtir, la montagne reprend ses droits. Des familles pionnières aux grandes maisons de négoce, l’entreprise « Terre » a survécu grâce à une hybridation entre le savoir-faire ancestral et une vision commerciale mondiale précoce //

Le »foulage au pied » dans les lagares (cuves en granit) est une pratique de l’antiquité qui perdure dans les grandes maisons pour les vins de prestige, des pratiques et manières narrées par les œnologues et producteur de crus, tel Vasco qui auront mené le photographe, de Fincas entre instituions du gout et petites échoppes de dégustations des village de Piñao aux gargottes du bord de l’eau..

Autant de personnes, qui forment une fresque entre le restaurateur, les ouvriers et saisonniers dont la diversité issue des anciennes colonies et celle des touristes venus d’orient s’y côtoient, s’admirent et se visitent. Cette illustration qu’il déploie aujourd’hui dans l’édition de son reportage, pour un paysage qui porte témoignage du développement des attraits touristiques, interrogé dans des tirages dédiés à cette histoire d’un lieu. Une quête que Segio Corona mène aujourd’hui sur le parcours des fleuves européens.

Là, où l’entreprise, cette communauté battant au rythme humain règle la mesure, du passé au futur de fleuve, de ces générations qui auront érigé des digues pour apaiser les méandres furieux du Douro, terrible fleuve de commerce et de courage, devenu plus aisément navigable pour les « sights and see cruise » du tourisme international.

©Sergio Corona - MAP photographie exposition Bordeaux Cour Mably 2026.

Le Douro possède un trésor génétique unique, d’une terre d’assemblage. Avec le Touriga Nacional : Le roi, structuré et profond. Le Touriga Franca : Le pilier élégant. Tinta Roriz (le Tempranillo portugais), Tinta Barroca et Tinto Cão. Auxquelles on additionne les « Vinhas Velhas » (Vieilles Vignes). Ce sont des parcelles où 30 à 40 cépages différents sont plantés ensemble. Où leur diversité protège contre les aléas du climat. Telle, cette variété des points de vue qui irrigue cette écriture d’un reportage dédié aux personnes de la région du Douro, sous les règnes de la lumière et les vents.

MAP site :https://mapgalerie.com/

Sergio Corona :https://sergiocorona.com/

Instagram : https://www.instagram.com/mapgalerie