A l’horloge c’est le solstice, l’automne toquait à 15h30 ce 22 septembre dernier, place de la Victoire à Bordeaux. Nous y étions interpellés pour une assemblée par Guillaume Hllairet et la galerie Bolide animée par Maxine Zapedki, une invitation pour nous conduire en déambulation cosmique, dans le réseau des rues de Bordeaux. Tous partant en quête de points, signalant des QR codes disséminés auparavant par l’artiste, au cours de repérages de nuits à la clarté d’une lune de tempête. Un travail assisté d’une carte, où la silhouette de la petite ourse était décalquée sur le réseau du centre des rues de Bordeaux, et c’est une trace du cosmos dans des fragments d’architecture qui apparaît finalement. Cette ballade le nez au vent, nous offrit au passage de belles surprises et redécouvertes pour certains, notre disponibilité étant attisée dans ce parcours assisté d’un plan. La marche récompensait notre usage de la ville, offrant un répit à cette sensation de charge mentale de l’âge du Geste Barrière, là où l’on doit s’avancer masqué par les temps de la mort qui postillonne, menace présente à notre esprit quotidiennement. Ce moment nous offrit une échappatoire : « Guillaume Hillairet ouvre des perspectives dans la ville en jouant avec les horizons et les verticalités. Le sol, le ciel, le sol, le ciel, le sol, le ciel… le trottoir, le cosmos… ». Un vertige à portée d’appli mobile.
En marge, c’est une étape, découverte et première visite en impromptue au détour des relais de la rue Ville Dieu et Henry IV, dans l’atelier récemment rénové par l’artiste Alexandre Clanis, rebaptisé poétiquement de l’énigmatique titre « careaù », où l’artiste à la formation d’architecte travaille les volumes, les perspectives, par couches appliquées sur des formats de peintures, selon un exercice quotidien ajouté aux supports de ses toiles préparées. Ce qui est nouveau dans sa pratique, lui qui était auparavant épris et motivé par les tourments et les froissements du papier, sur d’imposant métrages rehaussés de touches d’une peinture répétitive, où il se livrait à une passion hypnotique pour le refrain démultiplié, des ensembles de virgules, croix, frottements bleus ou blancs rafraîchissant et englobant la sensation.
Au détour de la rue du Loup, puis nous rendre rue Tusta, qui n’est pas une impasse et s’ouvre sur la place St Projet, si belle et si malmenée… Le promeneur paisible aura enfin franchi le seuil d’un Salon de Curiosités, celui de François Xavier Bertrand, https://www.instagram.com/francois_xavier_bertrand/ séduit par la vue de folles teintes acides de poules en fourrures, gallinacées pop au garde à vous. Ses observatrices attentives posaient en vitrine, entre autres merveilles taxidermisées que propose ce lieu : outre un petit renard argenté et un mini lama laineux. Toutes et entre autres des insolites merveilles, accueillent le visiteur dans un ensemble hétéroclite, des intérêts assemblées. Masques, objets et colifichets sont accrochés à la disposition de l’œil, présentées entre des piles d’ouvrages, défiant la gravité autant dans leurs dispositions qu’en consultant les titres sur tranche. L’étendue et la variété des sujets traités dans ses beaux livres de collectionneur, des personnages et personnalités de la mode, de la décoration, des périodes et de stars de l’art ou des volumes dédiés à l’admiration pour l’architecture, se côtoient acrobatiquement et servent à la présentation du propriétaire, car les initiés se reconnaissent là.. Des masques d’art, Emberas, merveilles ethnographiques ou constitutions tribales sont posés là, comme auditeurs aux secrets panaches, rachetant l’époque et nous rassurant sur la définition du masque, qui est avant tout un objet d’admiration décorative. Ce nom souffrant d’une crise d’utilitarisme polémique, dans cette période de pantomime. Des modèles originaires d’Océanie, d’Asie, d’Afrique ou peut être des objets aux synthèses imaginés, peut-être comme provenant de nombreux pays merveilleux, une visite rare à ne pas trop ébruiter, amateurs only.
Nous pousserons la visite au delà de la rue St Rémy, où se tenait la trace du dernier QR Code de Guillaume Hillairet, au sortir de la désolante place du Parlement Ste Catherine, si belle malgré son affluence quotidienne. Vers la Place du Tourny devenu un complexe sens giratoire depuis l’ouverture de la ligne D. Tram Ouais ! merveille technologique qui nous amène d’une glissade « tapis volant » depuis la Place de la Bourse, au cabinet de Benoit Coussy, (arrêt Fondaudége Muséeum). Dans le bureau de cet avocat esthète, organisateur de concerts privés, la vue mène directement de son bureau à la perspective du monument des Girondins. Des fêtes et réunions y prirent lieu, durant d’autres rendez-vous bordelais festifs, musicaux et sans masques. Il nous y accueille au compte goutte désormais, comme hôte d’une exposition croisée d’art et d’objets de décorations d’exception organisée par l’oak_galery_oneofakind.fr. https://www.instagram.com/oak_gallery_oneofakind.fr/
C’est la One of A Kind, pour un certain genre unique la galerie, qui y propose des pièces magnifiques et exigeantes. Une exposition des tirages photos détournant les thèmes de la peinture classique, l’exposition Urca & Altona de Thale B. Vernet, où des personnages baignent tout habillé en draperies de soie, aux couleurs classiques, rouge, bleues et jaunes, ils siègent et dansent dans les reflets de l’eau. Les contours de leurs vêtements et les reflets des tirages plastifiés rappellent le lustre du vermis appliqué sur les toiles de la peinture à l’huile classique. Les effets de pose, les peaux et coiffures des personnages renforcent ces effets, jusqu’aux mimiques d’une postures classiques de peinture à la Rubens. Les objets eux, présentés et disposés dans les pièces du bureau étonnent par leurs inspirations, aux massives matières et dans leur originalité. Eléments de décoration pour collectionneurs fortunés, des lampes aux motifs de cuivre et cristal de roches y sont réunis et assemblés entre autres, à d’autres matières dans une noble fusion, repoussant les limites de l’artisanat d’art.
Une alliance : la fusion entre l’artisanale et le recyclage, qui signe dans un autre genre, la récente installation de l’exposition en cours au CAPC. C’est ici pour illustrer un problème d’alerte, en creux, car là est une démonstration qui emplit toute la surface de la nef centrale, tout y est une affaire en suspension, une décharge au droit de déposer.
L’installation, The Doldrums, de la très récemment diplômée du Collège Royale Britannique des Arts, Samara Scott. L’on constatera d’ailleurs qu’après l’artiste Lubiana Himid, pour Naming the Money, aux silhouettes de bois disposées dans la nef centrale, lors de cette exposition récente. Une démonstration en force pour souligner l’altérité de personnes essentielles mais oubliées de l’histoire de l’esclavage et des diasporas africaines. Et l’artiste Suzanne Treister, qui posa ses recherches et calculs de science-fiction à l’atterissage de sa soucoupe volante dans les bassins, à flots, qu’il est à croire que Bordeaux demeure toujours et en quelque sorte une part du dominion de son royaume médiéval. L’art Britannique y exerce encore commune occupation contemporaine, sans doute en souvenir de son attachement Royaume au XIIe siècle pourtant révolue en 1453.
L’installation de Samara Scott illustre le Continent des Plastiques : l’envahissement planétaire des dépôts de plastique que subissent les océans, compromettant l’habitat naturel des espèces et l’équilibre écologique de nos mers et océans. Par une toile blanche tendue où s’échouent matières plastiques et détritus divers, aux drapés et volutes, jetées, lâchées, disséminés sur toute la surface, dont la vision depuis le rez-de-chaussée procure un sentiment diffus, confirmé par la vision des accrochages, drapés, dépôts et gravats de plastique léger assemblés au premier étage.
Comme un vague ennui, ressac mental qui se trouve confirmé à la constatation de ce déséquilibre artificiellement conçu, cela ne rassure certes pas. On pourra cependant observer que ces refrains de thèmes, devenus rengaines justificatives, sont aussi le résultat d’une estimation vaguement ennuyée du monde l’art, face à la constatation des désordres du vaste monde. Ou, l’extension d’une certaine mode qu’affectionnent certains artistes contemporains interchangeables, à disposition de curateurs et conservateurs d’institutions d’art contemporain privilégiant une technique du commentaire sociologique, n’éclairant pas nécessairement dans le bons sens la conscience des générations actuelles, tout en ne formant pas non plus les esprits et l’œil des générations qui les suivent, laissant chacun dans son camp de consternation. Une impression renforcée malheureusement par les pièces vidéo et autres dispositifs dans la salle au second niveau, du même nom, ou des ballots de paille et autres éléments de récupération déçoivent toutes tentatives de lecture ou d’examen.















