Finement

Il y avait déjà dix jours ce matin là, où à peine débrouillé/ébouriffé de la nuit, délicieusement un malaise me rappelle, entre éveil et rêve, je me suis dit, ce matin là, que l’on pourrait peut-être enfin sortir, pour s’en aller se promener.

Cette réaction instinctive, conditionnée par l’état de réquisition imposé à tous les concitoyens d’un pays en  proie à une panique bleue, causée par la maladie qui frappe indifféremment et cause la mort, aveuglément.

Une hécatombe de joueurs d’échec, roque et balance entre la Reine et mon Fou c’est ma Tour qui y passe. peut-être pourrait on ne sacrifier que nos Pions, mais les Pions sont utile à la bonne marche du pays. On protège ses pièces nobles, dans des résidences familiales où cet épisode ne sera « on l’espère » qu’un mauvais moment à passer.

Même si l’on y craint pour sa vie, l’économie prime avant tout et l’on redoute l’effet de balancier, ce nuisible effet boomerang que causera ce moment sans précédent.

Les Pions seront affectés, mais bon c’est la guerre…

Un coup de réel sur les doigts.

Las, élèves dissipés, jeunes jouisseurs, jouisseuses du temps perdu en terrasses, les cafés, en snack et autres endroits où socialiser furieusement à coup d’onomatopées, rires gras, œillades, trahissant notre ennui talonné par le temps qui court et ne reviendra plus, la pandémie nous cocoone d’autorité comme une nounou abusive et dangereuse. De l’autre côté du miroir, à la porte, tapi derrière l’interphone, un virus mate votre liberté. Quoi faire de ce temps d’ennui neuf, exigeant, imparable, écrasant d’absolu. Les scénarios d’horreur, les architectures des jeux, les climax héroïques des productions cinématographiques n’égalent pas le désespoir quotidien de ce confinement, où mes jours se dissolvent comme sucre dans un café, jours après jour après…. Indécent de s’en plaindre quand les malades encombrent les services d’urgence empêchés de sauver de la mort les cas fragiles aux défenses immunitaires en décompensation fatales.

Le propos serait de ne pas vous endormir, trop longtemps.

Donc, ce matin là, je me croyais convalescent d’un virus grippal, ou de l’une de mes innombrable otites d’enfant ou de ces angines adolescentes ; lorsque l’on se devait de garder la chambre quelques jours, pour enfin la fièvre passée, notre goût sur la langue revenu, notre température abaissée, nous pouvions passer un moment dehors avec les copains pour jouer à toutes blindes, de nouveau rassemblés pour nos aventures à vélo sur la petite place du lotissement.

La nuit avait été agitée, l’anxiété rongeant une fois sur deux le déroulement de mon repos, j’avais pris un mauvais mouvement le premier jour causant une lombalgie qui m’aura provoqué étouffements et d’hypocondriaque diagnostics de confusions quelques heures durant, les 4 premières nuits de la première semaine du confinement.

Les respirations yogiques, la méditation, la relaxation sont des avortons d’outils, même si ils permettent de calmer les peurs avec une seule méthode : la maitrise et la confiance, cette maitrise se heurte souvent aux limites de notre reconnaissance.

Je ne croyais pas de mon vivant, ne jamais avoir à me promener dans des artères vidées de tous leurs habitants, tous les commerces clos, alors que le printemps chatouille notre moustache avec ses fleurs de cerisiers, et les bourgeons déployant leurs expressions vigoureuses. C’était une idée, c’est devenu une réalité.

Imaginer cette période, jouée ou rejouée dans une série ou un film serait d’un ennui mortel, pas de Godzilla, de tsunami, d’Alien aux dents en étages et queue scalpel pour nous menacer.

Juste une molécule, un organisme viral, un infime vivant réduit à sa plus simple expression, une amibe qui agite nos peurs de morts, détruit nos conforts et ce bonheur consumériste de voyageurs sans frontières. Une saloperie.

La première adaptation scénaristique à des fins cinématographique, pour un scénario en  série ou en roman, ou pour une BD serait promis au flop le plus humiliant.

Si ce n’est pour rendre hommage à tous les personnels hospitaliers pressés au maximum de leurs possibilités et les invectives, polémiques et dénonciations complotistes envahissant la vacuité télévisuelle et le robinet à bits des réseaux, l’épisode serait nul.

Ce moment de crise souligne juste notre cécité, notre surdité d’espèce.

Les experts nous ont-ils avertis d’une baisse tragique, historique, sans précédent du biotope en 2019, soit à peine l’année dernière, publiant des relevés de mesures croisées qui n’avaient jamais été aussi basses. Entre autres conséquences de l’anthropocène, un dérèglement climatique supposé provoque par la fonte des glaces, le dégel, la montée des eaux. Les inégalités sociales entrainant la dépendance toujours plus grande à un modèle de consommation de masse, de tourisme de masse, de pollution massive car utile à un modèle économique aveugle et meurtrier.

Des indices étaient publiés en masse, échangés, démontrés, expliqués, et tous sont restés superbement ignorés.

Les lanceurs d’alerte de cette dérive, un naufrage systémique étaient renvoyés sur leurs piloris, tels des Cassandres ou ces professeurs désastres insupportables et indécents, eh quoi ! taisez vous avec vos : la fin des temps est proche !

Les évidences sont devant nous.

Même si nous étions aussi cyniques et inconséquents que les leaders du monde économique, nous ne pourrions pas prétendre ne pas avoir été mis au courant des données d’alertes. L’alerte est passée, la pandémie s’est déployée et aujourd’hui nous avons chuté, tous ensemble de plusieurs étages en très peu de temps. Groggy.

Reste à espérer que les professeurs de sens et de raisons, gérants autoritaires de l’économie prônant la perpétuation des iniquités de ce modèle qui épuise la planète de plus en plus tôt chaque année, ne se réveillent et n’entretiennent les hordes de leurs troupes, humains enrégimentés, pauvres populations rendues veules et violentes, leurs serviteurs, gavés de matchs de football, de steak et de bières. Force de l’ordre tapant sur les révoltés pour conserver la paix, leur paix…

Voyager dans le temps est impossible, en arrière il y existerait déjà la machine qui irait vers l’avant où l’on n’est même pas certains que ce futur existe.

La prospective d’entrevoir une fin à cet épisode violent de pandémie et de réaction orageuse, la désastreuse surproduction de notre environnement et de la société des hommes, ou la constatation d’une triste évidence : l’humain moderne est un junkie qui peut faire 3 longues heures de queues en voitures polluant les environs pour une commande de spongieuses nourritures saturées en graisses et sucres addictifs dans le drive d’un Mac Donald ou occasionner un chiffre d’affaire stratosphérique lors de la réouverture du magasin Hermès de Wuhan à peine sortie première semaine du confinement.

Nous sommes cuits ?

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