Mysticisme sculpté : les bois habités de Joris Dijkmeeijer- La Trame Z/WA

Vitrine la Trame _ exposition Joris Dikmeier Mars 25

Dans la vitrine gauche de La Trame ZW/A à Bordeaux, en mars 2025, un souffle mystique émane du bois. Ce ne sont pas de simples pièces sculptées, mais des fragments d’élévations spirituelles fixées par la main d’un artiste habité : Joris Dijkmeeijer. Artiste sculpteur et alchimiste du décor, il détourne la matière pour mieux faire surgir l’essence du sacré.

Art du décor ou décoration d’art ?

Transgression du mobilier et du décor sont l’œuvre d’un détournement d’artisan sculpteur habité. Inspiré par la contemplation des reliefs sculptés et statuaires sacrées tirés du bois. Ces détails d’un saint porté par des nuées, ou d’un damné dont les chevilles sont éternellement flambées par les enfers. Ces sculptures sur bois des flots portant la silhouette de Noé entre autres et sont également autant de parties, de citations sculptées et précieuses, dont le caractère mystique narre une aventure spirituelle de l’élévation  et la place que l’élévation rligieuse occupe, sur la terre, dans les airs, sur les eaux, dans les feux des extases religieuses, portée par-dessus les matières. Envolé dans les courants, enlevé par les flux de la spiritualité et les griffes de l’aigle telle la passion criminelle d’un Zeus emportant Ganymède. 

Ces Bas-reliefs auront marqué la mémoire des arts, dans leurs illustrations de la légende des saints, la légende Dorée de Jacques de Voragine au 13e siècle, décrivant les passions et élévations des âmes des saints. C’est aussi cette marque de distinction des âmes celles de « soi » au-dessus, en contrastes avec celles des autres menées par le démon autant que tourmentées.

Etait-ce un décor ?  C’etait une pièce sculptée illustrant l’épisode des fondements de l’iconographie religieuse en 3 dimensions. Avec une pièce dans la vitrine de gauche quand on aborde le lieu où l’on expose les artistes invités pour « La Trame », initiative dynamique du cabinet d’architectures qui aura eu la bonne idée d’impliquer l’artiste pluri disciplinaire Sebastien Chevalier Vopoditz, le commissaire invitant, qui lui peint également et dont les riffs de blues de ses guitares électriques excitent autant qu’ils enchantent leurs publics .

Le paysage sculpté par l’auteur.

Sous l’impulsion d’un courant pluridisciplinaire liant les architectes de l’agence Z/WA et le commissaire des expositions dans la Vitrine de l’agence d’architecture , les œuvres de Dijkmeeijer prennent place en un espace des constructions chargé d’intention. Leur présence illustre une transgression du mobilier et du décor traditionnel par un détournement des signes. Ici, les où les bas-reliefs sculptés dans des bois précieux racontaient les légendes de saints, aux damnations flamboyantes, ou autres ascensions mystiques. Le spectateur y reconnaîsait des échos de la Légende dorée, cette compilation médiévale où les récits sacrés prennaient forme en bas-reliefs dans cette tradition bien particulière des sculptures sur bois des églises du nord de l’Europe et des gravures sur bois.

Chaque pièce évoquait un épisode mythique : Noé porté par les flots, un saint suspendu dans les nuées, ou encore un damné dont les chevilles sont éternellement consumées par les flammes. Ces visions ne sont pas seulement des reconstitutions pieuses, mais des représentations sculpturales vibrantes, portées par une esthétique du contraste — entre le ciel et l’enfer, entre l’humain et le divin.

Dijkmeeijer insère parfois ses compositions d’éléments sacrés inattendus, les plaques d’or réchauffent les toits et de cheminées industrielles. A partir de bois de solives anciennes récupérées toutes ces créations respirent en volume. Mais loin de s’inscrire dans une logique de simple recyclage, l’artiste confère à ces matériaux une noblesse nouvelle. Le bois devient mémoire vivante ; l’or, un rayonnement sacré qui sublime l’objet dans une signification  au sacré décalé.

Ce travail récent marque une étape supplémentaire dans l’œuvre de l’artiste, dans une tentative de relier l’homme à ses origines, de traverser le temps par la matière, de figer la lutte entre orgueil, foi et humilité. À l’instar de personnages qui semblent être évoqués dans l’exposition. Modèles de ses sculpteurs du XVIe siècle flamboyant des cours des Margraves des Rois bataves et grands bourgeois flamands ceux qui souhaitaient contraindre le temps. C’est dans un geste de sculpteur, celui de figer les tourments du commencement pour  donner sens à sa fin — Dijkmeeijer sculpte l’intime dans l’universel. Ses sculptures transposent les paraboles sacrées en instantanés, autant comme des commentaires sur la possession des matières par les industries des hommes, un toit d’usine doré dévorés par les flammes de bois, des fourneaux en canon d’usine enveloppés de nuées, des cheminées d’industries vouées aux enfers. Des tours de céramiques, entre Babel et skyscrapper new yorkais et boite à biscuit décorées qui percent des nuées dorés.

Ses œuvres ne se contentent pas de décrire un lieu réel : elles déplacent, désignent, transforment. Éloignée du simple objet de décoration, cette sculpture symbolise une forme d’élévation dans cette tradition de sculpture sur bois rehaussée, et de la céramique décorative. En élevant ces objets aux détails d’usines au culte d’une civilisation industrielle, qui est déjà un souvenir passé du XXe siècle.

C’est peut-être l’histoire d’un homme qui lutte avec ses anges.

Telle une fresque, un théâtre filmé, le film au baroque sacrilège de Peter Greenaway Goltzius et la compagnie du pélican, pourrait accueillir les pièces nées de l’esprit et des mains de Joris Dijkmeeijer. Son scénario dépeint au cours de l’hiver 1590, l’imprimeur Duch Goltzius y séduit le margrave d’Alsace en lui fait investir dans les presses et plombs de toute une imprimerie afin d’éditer et publier des livres illustrés. Une légende Dorée poivrée au sacrilège. Goltzius, lui promet un livre extraordinaire, les images des histoires bibliques de l’Ancien Testament. Sous l’angle des histoires érotiques de Lot et ses filles, David et Bethsabée, Samson et Dalila, Jean Baptiste et Salomé, des histoires dans lesquelles les thèmes de l’inceste, de l’adultère, du piège féminin et de la nécrophilie sont omniprésents.

La cour du Margrave est complètement séduite, et succombe dans une ivresse sacrilège, aux récits émoustillants de Goltzius. La société des courtisans s’enfonce à la perspective et l’industrie de ces projets dans un gouffre de lubricité et de jeux viciés de politique religieuse. Jusqu’au jour où la cour est obligée d’acheter sa sortie et que Goltzius honore la commande de son ambitieuse entreprise précipitant la chute de toute cette société. Cette fresque d’un film au baroque théâtrale sacrilège de Peter Greenaway Goltzius et la compagnie du pélican, accueillerait idéalement les pièces de l’esprit de Joris Dijkmeeijer.

1 les autres parmi les nombreuses présentation de la Vitrine :

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