L’art en vitrine.

Thomas Hallbert hommage au « Nighthawks » de Hopper, gravure deux couleurs bois gravé

Tester la porosité des regards, de Bordeaux pour l’art contemporain en régions & à Paris entre autres spots institutionnels .

À Bordeaux, quatre adresses discrètes explorent depuis plusieurs années l’insertion de l’art contemporain dans le tissu urbain quotidien. La Vitrine des essais, dispose des installations thématiques, depuis 2012 au 226 rue Sainte-Catherine grâce à Corinne Szabo, professeure d’histoire de l’art en hypokhâgne au lycée Montaigne et dans sa pratique d’artiste plasticienne. dans cet espace l’on propose des expositions dont la curation est un sujet d’étude et de production pour ses étudiants – un projet pédagogique autant qu’artistique, soutenu par le FRAC Aquitaine et l’Agence Créative.

La Belle vitrine de Valérie Coraini, ouverte en septembre 2018 au 56 cours de l’Yser, transformait la devanture de son atelier en espace d’exposition ouvert aux « propositions artistiques, peinture, sculpture, photographie, gravure, performances, lectures, poésie ».

À ces initiatives s’ajoutent la Art Box de Nadia Russel Kisoon et La Trame, vitrine du cabinet d’architectes Zwa dont la programmation est assuré en binôme par les architectes de l’agence et Sébastien Chevalier Vodopivitz, peintre plasticien et talentueux guitariste auteur interprète de Rock & Blues.

Ce mouvement bordelais s’inscrit aussi dans une dynamique nationale et européenne. À Blois, Les Vitrines de l’Art transforment depuis 2023 une soixantaine de commerces du centre-ville en galerie à ciel ouvert, exposant plus de 100 artistes contemporains. À Bâle, le Musée Tinguely a élargi en janvier 2025 son exposition Fresh Window à l’espace urbain avec sept interventions dans des vitrines de magasins en centre historique.

Même mouvement, autre échelle : la Fondation Cartier a inauguré le 25 octobre 2025, avec files d’attentes de dévots à la culture et au luxe sous une pluie battante, comme pour un concert à guiche fermé. Ses nouveaux espaces dans l’ancien Louvre des antiquaires, place du Palais-Royal, soient à deux pas du Louvre, l’édifice haussmannien de 1854-1855 a été radicalement repensé par Jean Nouvel avec 6500 m² d’exposition et cinq plateformes mobiles modulables. Plus significatif : l’exposition inaugurale « Exposition Générale » se prolonge dans la ville via des interventions artistiques sur la place du Palais-Royal et dans la galerie de Valois, passage souterrain reliant anciennement le métro aux grands magasins. La fondation réaffirme ainsi sa « porosité avec la ville et l’espace public ».

Ces initiatives – de la vitrine à visée pédagogique ou aux éditions de lieux d’art bordelaise ou dédiés aux interventions monumentales parisiennes – témoignent d’une même tension : l’art contemporain aurait intérêt à sortir du white cube sans renoncer au cadre. La vitrine dans sa qualité est undispositif hybride : ni vraiment dehors (le verre protège, sélectionne), ni vraiment dedans (accessible 24h/24, sans médiation obligatoire). À Bordeaux, ces micro-institutions occupent l’entre-deux du commerce et de l’institution. À Paris, la Fondation Cartier investit l’hypercentre touristique tout en débordant architecturalement dans l’espace public.

Reste la question de l’effectivité : ces dispositifs créent-ils réellement de nouveaux publics ou s’adressent-ils toujours aux mêmes initiés ? Les vitrines bordelaises parient sur la discrétion et la durée. La Fondation Cartier mise sur le flux touristique massif du quartier du Louvre et sur la transparence architecturale : « à travers de larges baies vitrées, on pourra voir depuis les deux rues qui le longent l’intérieur de l’édifice ». Deux stratégies de visibilité, même ambition : faire du regard non-volontaire un vecteur de démocratisation culturelle. Mais le nez sur son portable et sa dose de Dopamine des applis de jeux et de rencontres, les jeunes générations, qui constituent la suite de ce qui fera un renouveau de public, seront-elles réceptives à ces nouveaux déploiements ?

Les vitrines du marchand d’art et marchand d’estampe industriel Goupil & Co, bd des Italiens et Bd Montmartre rassemblaient à chaque saison son comptant de badauds et de publics venus distinguer, parmi les nouveautés de l’actualité de la peinture des salons et des productions des ateliers les pointes de création de cette industrie des reproductions prestigieuse au XIXe siècle.                             La collection et les fonds d’atelier des estampes furent dispersés en 1921 et amenés pour partie dans 8 wagons à Bordeaux par le marchand d’art Vincent Imberti, après un don de ce fonds par ces héritiers fin des années 1980, un musée et centre de recherche fut fondé par Hélène Lafont Couturier. Un musée exposa une dizaine d’année ces fonds qui sont aujourd’hui rassemblés au musée d’Aquitaine. Par l’intermédiaire de sa conservatrice actuelle Régine Bigorne et la RMN, des parutions et des exploitations de cette masse d’images et de photographies historiques sont publiées ou utilisées dans des expositions et catalogues d’exposition. Une campagne menée par « Archéosciences Bordeaux, laboratoire d’archéométrie de l’Université Bordeaux Montaigne Université de Bordeaux, produira au traver s’un colloque en 2027 une étude et thèse de doctorat sur les secrets de fabrication de l’atelier des gravures, lithographies, chromo-photogravues et autres procédés de pointe, luxueux et toxiques, où l’ether et le mercure étaient souvent de la partie. Dans cet atelier qui était situé à Asnières et un des premiers à développer des images photographiques de reproductions d’œuvres d’art contemporain et de l’histoire de l’art européen et américains. L’exposition récente de l’association d’étudiants Archimuse de l’UBM aura produit une exposition originale retraçant cette histoire et rassemblant les mentions de ces techniques qui restent en définitive l’héritage majeur de cette entreprise. Mais, aujourd’hui, cette exposition aura duré deux semaines, dans l’espace municipal de salle Capitulaire Mably, lieu de la première bibliothèque et exposition d’art à Bordeaux au XIX e siècle..     

                                       Il faudrait tant de vitrines pour animer ces histoires du Patrimoine français, mais les moyens manquent et ce n’est pas le récent billet de Maryvonne de Saint Pulgent  paru chez Gallimard dans la collection Tract n°73 3,90€, qui exaltera les enthousiasmes dans cette perspective des fragilités pour l’avenir de la culture..

Stylite en reflet de lèche vitrine

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