Tu peins toujours ?

Pour la peinture : Collectif bordelais animé par Dominique Beaufrere, lui, longtemps responsable de la communication d’institutions bordelaises, le musée des Beaux-Arts et le CAPC, et ses complices produisent une heureuse exposition, « Où subsiste encore ton écho ».

ECHO /

Pour Lawrence Durrell se référant à l’esprit des Iles grecques aux échos de leurs légendes, l’écho est absurde. Absurde aussi serait la fonction de peindre pour exprimer un message, une sensibilité ou son talent artistique, selon la vengeresse déclaration des artistes contemporains entre les années 1950 à 1990.

Car l’affectueuse apostrophe s’adresserait, à la peinture enfuie –

cette évocation du son, l’écho et non du reflet qui serait somme toute plus appropriée pour évoquer le sens de la vision, le pouvoir du regard – la double vue.

Mais c’est bien l’écho de la peinture, le sonore, le retentissant, sa réputation. Ceci peut-être afin de faire résonner cette sensation son influence passive, celle du regard posé sur une toile de peinture, l’on marque une halte de toute autre activité, on s’arrête, pour ne serait-ce qu’un instant regarder sa matière, sa composition, ou parfois quand on atteint les registres obsessionnels de la contemplation, là où plus rien n’existe que l’objet regardé, l’image peinte. Peindre serait peut-être cet écho, transitionnel cette fois, entre la pratique, l’interprétation et la sensation de celui qui peint, qui livre son regard.

Trois artistes sous les arches de l’église déconsacrée devenu Espace St Rémy. À main gauche, c’est une énergie pleine que Duda Moraes affiche dans la flamboyance violente, orange fluo des fonds de végétation foule, aux couleurs dans des contours de hautes et larges toiles aux vibrations multicolores. Des plantes s’ébattent, fleurs, feuilles, tiges, pistils, couronnes et lianes, embrassées et condensées dans un système d’all over enthousiasmant, condensés dans une mise à plat planifié sont ces truculences tropicales, là où la nature ne demande pas la permission, envahissante et généreuse, étouffante, les couleurs et les sucs envahissent la perception. Ces végétations vénéneuses sont à peine adoucies de la pleine couleur brossée.

Dans la partie au fond de la chapelle flottent l’ensemble de larges toiles de Maya Anderson aux séries de peintures aux volets et  de fenêtres closes, ces séries composent un carnet de voyage, témoignage intime d’une présence forte de l’Inde – absente de toute autre figuration, des paysages se sont des reflets d’eau soient des barques ou des linges aux couleurs d’huile, les couleurs vibrent aux carrés et des voiles flottants devant des fenêtres évoquent les touffeurs et l’attente du soir délivrant sa fraicheur, et peut être le retour d’une absence.

Enfin, pour finir à droite, dans le sens de la lecture, ce sont les tableaux Formats carrés et cases rectangles tous horizontaux des peintures de Dominique Pichou -. Ses toiles sont formées d’autant d’horizons pliés aux chatoiements de fin du jour où se réchauffent éclats et brillances de repeints de rayures qui forment routes et ravines, sillons et rangées d’arbres alignés – le peintre Wayne Thiébaud (1920-2021) signait également des toiles et dessins en vertiges de paysages, ramassés et déployas. Ces deux artistes peignent d’après leurs vues du haut, aux angles et reflets formés par les fraicheurs de bleus d’ombres qui marquent les volumes dans ces cartographies plasticiennes, de champs ramassés causant autant d’extrapolations géométriques. Depuis ces hauteurs, d’autres étendues de plans à plat vue d’oiseau, les yeux d’un esprit marquent les volumes de lignes froides, colorées dans les repeints, comme des lames de stores, c’est une fragmentation du plan plane qui pourrait composer la trame du textile d’une robe d’un paysage à motif.

Les lieux de Dominique Pichou ne sont pas Californien, mais composés par autant de routes de domaines escarpés des coteaux du Portugal. Cette spiritualité du paysage porte une familiarité avec les motifs des peintures aborigènes, histoire de support des plans de trajets de vies, vues d’aigle, où par points et lignes se détaillent les attaches et les trajets des communautés, la trace de leurs lieux connus et partagés d’un territoire qui est un sujet de narration familière entre les autochtones au sein des tribus. Dans les peintures douces de Dominique Pichou, aux accents pastel digne des fresques d’un certain couvent e à Florence*. On peut se laisser enivrer par ces cantiques pour haute contre en faux ocres et basses terres aux blondeurs céramiques, où sables et terres ocrées sont ponctués de bleu d’ombres fraîches du végétal, aux verts d’eau et céladons, ou clos de bleus céruléens aux bords du bas des formats, signalant terres et territoires aqueux qui semblent délimiter ces étendues. Certaines toiles sont composées d’ombre et de craie, pour un chemin ramassé dont les lacets formes des rizières en escalier, ces étendues formant rhizome et pattes monstrueuses,

où les ocres rouges contrastent entre les bleus et les beiges des poussières, teintés de chemins reverdis.

Depuis ces hauteurs, Dominique Pichou orchestre les territoires, comme les portées d’une partition, où toutes les ombres des supports de sujets se portent déployés en strates, en cases ou dans les sillons des sols, il y’a aussi des maisons qui ne sont  que carrés ou rectangles à une fenêtre, et parfois un pylône électrique campe comme une araignée rouge, déployant les courants de son culte, au milieu des champs où la force des beiges et des verts ombrent les  lacets des voies d’eaux ou de courants de rose aimables comme les boues rouges d’Eygalières. Cette exposition, dont l’écho s’atténue doucement ; s’achève par ce mémorable voyage aux découvertes obliques et zénithales.

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