L’Or du silence

Quand le souffle aux héros est ravi, le silence l’anoblit, un chant le ranime,.

L’arrivée sur Mars de la capsule d’observation Persévérance le 18 février 2021, alors que le monde calfeutrait les terriens à l’abri d’un virus.

La descente était commentée telle une mise en scène démultipliée par internet, ce décompte de voix féminine de Swati Mohan, technicienne scientifique de la Nasa américaine, née en Inde.  Une femme donc, et enfin en charge du contrôle du bon déroulement de cette prouesse humaine, qui serait également grande fan de la série Star Trek selon le New York Times, série baume d’un futur inclusif idéal dans une spatiale odyssée distribuées en épisodes de saisons aux temps confondus des cross-over.

Cette performance aura surtout surpris, nous qui sommes devenus des humains-écrans à la disponibilité contrainte, avec ce court instant, lors de cet arrêt du flux des paroles, de la suspension des commentaires, ce moment où les chaines de télé et les réseaux sociaux entre autres laissèrent se déployer un silence, un souffle qui prit toute la place de la première retransmission : la rumeur du vent martien, la caméra embarquée était également équipée d’un micro. Une voix sans sujet, une manifestation élèmentale, le premier soupir d’un dialogue entre les oreilles terrestres et la surface de Mars.

L’impact sensoriel et la charge symbolique nous rappela à notre humilité face au déroulement du temps, aux pouvoirs climatiques, dont les bouleversements sont aussi « et le temps qu’il fait » son règlement et ses dérèglements , précipitations et tempêtes forment une des premières données influençant le développement et l’établissement de la vie sur terre.

Le vent de mars soufflait à nos consciences sa charge évocatrice.

Dans la parfaite ligne du premier récit des chroniques martiennes de Ray Bradbury (le réveil de martiens disparus).

Nous étions émus lors de la période, dîtes du premier confinement en mars 2020 : nous pouvions entendre le chant des oiseaux en ville, voire l’écouter. Nous étions disponibles pour entendre ce flux de vie sonore, nous l’avions laissé loin, derrière les barrières de notre perception, cette musique primordiale couverte par les bruits des moteurs, le brouhaha des foules, les conversations téléphoniques, la presse quotidienne et son remugle mental envahissant nos consciences.

Imposer le silence à l’histoire est une des menaces que notre époque semble organiser, méthodiquement, confrontant à des figures édifiées en statues, l’action d’une mémoire consolatrice, refondatrice avec une volonté d’agencer le passé par l’effacement (telles les lois polonaises récentes qui pénalisent l’évocation de la Shoah), laissant les omissions grossir ou amoindrir la portée de faits établis. Quand ce n’est pas carrément l’histoire palpitante et assommante des actualités qui nous sera imposée en face à face d’un portrait en miroir déformant, entre les versions « fake news », dont les contres vérités doivent être décryptés avec méthode et réserve, constituant un fastidieux devoir alignant tous les points d’une démarche laborieuse de « fact checking ».

L’insulte et l’opprobre étant si simple à taper d’un pouce sur l’appli d’un écran de portable.

L’histoire est arrachée parfois à coups de burins, dans une action concertée, vengeresse : comme celle qui tenta d’effacer la courte période du règne du pharaon Akhenaton.

(Amenhotep IV, Akhenaton, est le dixième pharaon de la XVIIIᵉ dynastie. On situe son règne entre -1355/-1353 à -1338/-1337. Il est le fils de la reine Tiyi et du roi Amenhotep III).

Imposant à son peuple une révolution spirituelle, il abolissait le panthéon séculaire des dieux d’Egypte pour n’en privilégier qu’un seul, Ra, le soleil Aton.

 Privant la caste des prêtres aux multiples dieux et déesses, et les petits métiers des dévots d’une manne ancestrale. Cette très courte période de 14 années, sera profondément rejetée et décriée, les prêtres d’Amon, lorsque le siège du pouvoir sera rentré à Thèbes, en effaceront tout signe et symboles, martelant jusqu’à l’annulation de toute chair les hiéroglyphes du nom souverain ou de sa seconde épouse qui seront martelés, pour tenter d’en gommer la postérité. Et pourtant c’est par le vent du désert, guidant d’improbable trouvailles dans la capitale éphémère (Amarna) abandonnée que des fouilles archéologiques ont permis de retrouver, retranscrire et analyser cette courte période et la remettre en scène, avec les retrouvailles de ces statues et effigies somptueuses du profil d’Akhenaton et de Néfertiti.

La voix des ancêtres est ce souffle qui anime les retrouvailles du sens à la recherche des indices d’une histoire controversée, annihilée par la violence de la colonisation, l’annihilation guerrière, imposant diasporas et déplacements de population, pour des conflits de territoires, religieuses ou pour le commerce esclavagiste, dans cette totale perte de patrimoine, où se construit une identité forte de la parole, du rythme, du chant ce seul bagage à emporter partout et à partager.

C’est une force artistique, résiliente et finalement triomphante, renaissant dans le flux de l’art, la musique moderne ne serait pas grand-chose sans l’apport des rythmes et de la voix issues de l’Afrique, même si cette consolation parait bien maigre au regard des sévices, violences et exactions subies par un nombre considérable de population humaine durant des siècles, elle est aussi une façon de reconstruire l’humain.

https://www.editions-mf.com/produit/101/9782378040369/chaos-cosmos-musique

«La préface signée Yves Citton convie notre esprit vers une fulgurante épopée mystique condensée d’histoire de la musique depuis le livre de Toth, aux jazzman et à la voix d’Otis Redding.. »

Les voix portent seules les traces du récit de la formidable caravane emmenée par le Roi Mansa Mussa depuis le Mali passant par le Caire où sont relevées des traces du passage d’un cortège fabuleux aux 10 000 chameaux chargés d’or, jusqu’à la Mecque au XIVe siècle.

L’épisode en question n’est pas disponible à rechercher donc sur gogole TV Mansa Mussa, clic clic clic…

Les échos, des statues de bois, des masques et instruments de musique ritualisant les épisodes de la vie et du développement des générations successives au sein des tribus. Destins humbles et quotidiens ou épopées conquérantes, alourdies, enrichis par ces rites, ces danses, ces chants, font aussi partie de ce souffle qui anime aujourd’hui la reconquête artistique et culturelle de la gloire africaine, une mémoire du vent.

La rumeur de l’effroi, depuis les côtes qui paraissent encore interdites des provinces du cap en Afrique du Sud, navires marchands cauchemars flottant tendus vers un but, le commerce vers la hollande, ces monts lointains ne représentaient qu’étapes incertaine sur le chemin des marchands hollandais obnubilés par les richesses et les fastes des rivages des iles de Java, aux épices que leurs disputèrent puis se partagèrent les négociants portugais.

https://www.babelio.com/livres/Michener-LAlliance-tome-1/94383

Ces troupes souvent mal préparées aux voyages en mer, ne semblaient pas rassurés de s’engager dans ces territoires sauvages, qui furent en définitive et après bien des guerres et des conflits le berceau de la très neuve Afrique du Sud, pays de la nation Arc en ciel, riche en métaux, en vin et en variété de peuple en termes de couleurs de peaux, de cultes et de culture. Où résonnent encore les échos de légende de la magnifique cité de Zanzibar, Ophir ou autre écho d’une cité faîte et commerçant l’or.

Le silence est fait de cet or.

Pour un porteur d’oreilles sensibles, sentant « sourdement » déferler au soir les stridences continues d’acouphènes naissant, ce résultat de soirées passées dans l’ivresse illusoire des boites de nuit, des ambiance de concerts, accrochant sa vie à une danse fiévreuse de quelques minutes sous un baffle vrombissant, l’or que représente le silence fait partie des immatérielles valeurs dont l’on mesure un peu trop tard, la fragilité et le prix.

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